Discours sur l'esthetique et la valeur des choses
Par Yasmar le jeudi, 7 janvier 2010, 23:49 - Articles de fond - Lien permanent
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Chapitre 1 Observer pour mieux comprendre, la gauche à l'épreuve de l'analyse critique
1. Aspects de crise
Le monde actuel nous propose une crise multidimensionnelle -économique, sociale et écologique. Cette observation souffre de peu de contestations et il n'apparait pas intéressant de m'attarder sur ce fait général, mais plus de préciser quelques points qui présentent quelques aspérités. Ces points saillants sont au cœur des questionnements actuels, et recouvrent l'une ou l'autre des dimensions de la crise. Il convient également de noter que le mot de « crise » ne renvoie pas ici à une comparaison historique, ou à un phénomène spécifique, mais plutôt ici à l'aspect résolutoire de la crise. Cet aspect résolutoire propose une quête de la vérité dans un certain plan d'immanence pour atteindre un certain discours. Le dire-vrai ne dispose cependant pas de ma subjectivité. J'entends donc envisager la crise comme le point de départ d'une réflexion. La gauche est à la fois l'objet et le sujet de la réflexion.
Tout d'abord elle pose un défi au multilatéralisme, à la fois dans le domaine économique- au sens large : libre échange, approvisionnement énergétique, compétition fiscale, etc.-, mais également dans les domaines sociaux, culturels et religieux. Va-t-on jeter par dessus bord l'ambivalente mondialisation ? Le paroxysme des débats actuels sur les sujets divers de mondialisation, immigration, compétition économique et même ordre environnemental mondial montre la tension extrême sur ce sujet. Le risque serait de renoncer aux bienfaits a cause d'une vision éphémère et a son paroxysme de ses inconvénients. Il est indéniable que l'Europe vit, en rapport à son histoire séculaire, une période de paix et de prospérité sans égal. Néanmoins il est également aveugle de s'estimer dans une période d'expansion du bien-être grâce à la mondialisation. Peut-être a-t-on atteint une vitesse d'intégration maximale pour les populations, qui ne peuvent plus muter sans heurts aussi rapidement que la compétition économique mondiale l'impose. A ce titre l'exemple suisse de polarisation dans l'intégration est intéressante : extrême ouverture des flux fiscaux et économiques, de l'élite entrepreneuriale du pays, volonté extrême de fermeture dans le domaine des faits culturels et sociaux. Loin de la vision clivante d'une population divisée, il convient d'envisager le fait que chacun souhaite désormais les avantages sans les inconvénients. Ou peut être que les avantages premiers perçus s'interrogent par la suite ? Ou peut être finalement que l'aspect multidimensionnel de la mondialisation pose le problème du décalage de rythme entre les différentes facettes : volatilité extrême des capitaux vs lente insertion culturelle. Sans apporter de réponses précises le questionnement du fait multilatéral demeure. Un début de réponse apparaît si l'on considère l'ouverture et la mondialisation sur un continuum des possibles. Ce continuum est un ensemble d'équilibres successifs, de couple entre efficacité et acceptabilité qu'il convient de traiter comme tel. Les extrêmes peuvent polariser le débat mais ne constituent pas une vérité acceptable en matière de mondialisation.
Ensuite, nous sommes face à un momentum économique. Les conséquences d'une corruption économique de haut niveau agissant dans les centres économiques majeurs, telle que décrite avec brio par Simon Johnson dans The Atlantic, agitent encore les tenants de l'éthique de l'action entrepreneuriale. Finalement la conséquence de cette crise est peut être de déplacer le débat d'une rhétorique politique centrée sur le marché, vers un débat dont la fracture est l'éthique de l'action. Si cette ligne de partage n'apparait pas comme respectant un clivage traditionnel – en France par exemple tout le monde se réclame du capitalisme moralisé, propre ou régulé- le fait est que l'ampleur, le moyen et in fine l'efficacité de la réponse dépend fortement du clivage politique. Et la similitude avec la corruption est importante car elle marque le caractère endémique du phénomène. Il n'y a dans ce cas que deux equilibres : le monde sans corruption ou le monde avec. Toute déviation minime du système nous ramène automatiquement dans son orbite. Le terrain de la radicalité se déplace donc de l'objet « marché » vers les modalités d'action. Bien sur, une fois que l'on a dit ca, on n'a absolument rien dit sur la capacité à générer des solutions satisfaisantes. En effet le propre des capitaux c'est leur liquidité. A ce titre toute tentative de filtrage est condamné à l'échec, de même que l'isolement total n'est pas une solution. Véritablement la solution s'est déplacée vers l'éthique de l'action individuel. Il est intéressant à ce titre de constater la symétrie et le parallélisme entre les différentes classes (et leurs relais politiques). Ainsi au phénomène de classe sociale traditionnelle, qui verra une certaine déresponsabilisation de l'échec de la classe sociale défavorisée- ce qui est de tout temps réfutée par la pensée conservatrice ou plus communément de droite-, répond désormais une déresponsabilisation assumée par la classe dominante dans le phénomène de corruption à grande échelle. Dans un élan intéressant, la responsabilisation de l'individu a fait écho sur le clivage gauche droite pendant cinquante ans, marquant depuis 1983 le triomphe du libéralisme d'action, et économique, tandis qu'une überclasse se déresponsabilise dans une action collective d'envergure. Dès lors, si le changement de paradigme économique n'a pas eu lieu, l'irruption de l'éthique dans le champ économique et dans le discours politique est une ligne de fracture qui est plus forte qu'il n'y paraît. Cette irruption se couple d'un nouveau parallélisme de classe : l'une est défaite par la mondialisation et stigmatisée par son cout (classe responsabilisée) tandis qu'une autre vit des bénéfices mondialisés tout en socialisant les couts (classe déresponsabilisée). Tout ceci apparaît comme inéluctable à la source et génèrent de fortes tensions. Déplacement du champ du débat, résurgence d'une logique de classe, et assertion d'une inéluctabilité du paradigme dominant (There Is No Alternative, comme dirait Noam Chomsky). A ce stade la seule réponse se situe dans les institutions et la gouvernance, codifiant des modes d'action. La reprise de contrôle du politique sur l'économique ne peut se faire qu'en modifiant le langage du fait social décrié. Comme expliqué auparavant il est impossible de trouver des solutions mécaniques aux problèmes économiques décrits (d'où d'ailleurs la volonté de répandre l'inéluctabilité comme acquis), seul un déplacement du champ d'action et une modification du système symbolique codifiant l'économie peut parvenir aux fins souhaitées.
Enfin, le monde qui s'avance aujourd'hui porte en lui son lot d'incertitude quant à sa pérennité. L'urgence environnementale est telle que, pour une première historique, le long terme ne pourra pas être repoussé en faveur du court terme. La fameuse assertion de Keynes « A long terme nous sommes tous morts » n'a jamais autant résonné à contre-emploi... Les dimensions écologiques -du domaine de la survie de l'espèce humaine- sont désormais le cadre d'airain de toute sortie de crise. Cette dimension souffre malheureusement d'une articulation problématique faible avec les aspects précédents. En effet il est difficile d'échapper soit à la revendication d'une branche théorique et discursive différente -l'écologie politique- présentant une vision du monde cohérente, différentiée et systématique, soit à une approche sectorielle -la politique publique « environnement ». Il est évident qu'il faille dépasser ce paradigme, qui doit être une ligne de fracture au même titre que l'intégration dans un monde mondialisé ou la régulation de l'économie. Peu de sujets peuvent irradiés comme ceux la toutes les questions politiques et transcendées les politiques sectorielles. Néanmoins il semble également que l'écologie comme projet politique ne puisse affronter l'épreuve du réel. Les socialistes n'ont ils pas failli au « tout social » en 1983? Il n'est pas question de discréditer a priori mais d'exprimer la difficulté à entrevoir l'écologie politique autrement que comme un objectif injustement propulsé comme une trajectoire possible. Il faut donc considérer cet aspect comme un plan du débat politique, une coupe conceptuelle dans l'espace réthorique du volume politique immanent. Le principal obstacle à l'intégration de cette nouvelle ligne de fracture dans le champ politique substitutant ce hiatus entre d'un côté l'écologie politique et de l'autre la politique publique environnementale est la formation du personnel politique traditionnel. La conscience environnementale participe du même phénomène qu'internet : une compréhension plus avancée chez une majorité de gens que chez les politiques. La conscience de cette nouvelle fracture dans le débat public est bien souvent inexistante et principalement à gauche qui peine à renouveler son modèle productiviste. On notera par ailleurs que la compréhension systématique du problème environnementale n'a avancé qu'avec l'éclatement des porteurs de voix écologistes dans différents mouvements. Cependant, in fine ils n'irradient absolument pas les programmes de leur partie mais sont simplement une captation de l'écologie politique pour mettre en place une politique publique de l'environnement. La pensée systématique intégrée sur plusieurs plans est à ce stade trop « une pensée complexe » dans le cas de l'environnement.
Quelle réponse de gauche à toutes ces questions ? Comment comprendre cette crise dans un système de solutions ? L'embarras du camp progressiste face à ces questions est problématique. Est-ce-à dire que le progrès a changé de camp? Ils me semblent pourtant que l'éthique de l'action, la notion d'équité inter et intra générationnelle, la cohésion sociale dans l'intégration mondiale ont un point commun fondamental : l'importance des institutions et des règles de gouvernance dans le résultat. L'appel aux valeurs n'est pas appropriée car les valeurs font référence aux attributs des questions passées. A ce titre elles ont atteint une dimension quasi mythique, déplacant avec elles l'ensemble de la figuration d'un discours précis. Ce langage figuratif ne fait que combler et abstraire les lignes de fracture passées car la simple utilisation discursive produit l'effet escompté quelque soi le champ théorique de l'orateur. Lire la crise c'est refuser l'inéluctable absence d'alternative en intégrant des champs nouveaux et complexes dans l'analyse : c'est ainsi s'opposer aux discours emplis de citations qui fleurissent actuellement. La force de la proposition n'a nul besoin du figuratif, de la référence mythologique pour susciter l'adhésion. L'analyse critique est notre maitre atout.
2.Le constat de la société.
La pensée de gauche est à un tournant de son histoire. Il lui faut désormais choisir entre vivre et périr. Pendant longtemps, et depuis très tôt, la question s'est posée autour de l'axe de la trahison, d'une idéologie pure face à un dévoiement au système. Cette opposition s'est progressivement dépassée, mais pas dans le sens positif d'une résolution. Aucun vocable n'est assez grandiloquent pour évoquer le changement nécessaire à gauche : une rénovation, une métamorphose, une refondation, une mutation, une révolution, etc. Mais le nombrilisme ne changera rien, tout comme les incantations au débat, à la relecture du monde, l'appel aux valeurs ne peuvent aboutir. Il faut avant tout retrouver de l'allant,, de l'enthousiasme et de l'expérimentation : en un mot de l'effervescence. L'effervescence ne présume en rien du contenu ou du contenant, mais relève plus de l'état d'esprit.
Il faut renouer avec la marque de fabrique d'une gauche ambitieuse: l'exigence de la lecture critique et de l'élan social. Si on voit bien a quoi se réfère une lecture critique, dans la tradition non complaisante des penseurs hors paradigmes, qu'est ce que l'élan social? L'élan social s'est donner à chacun la force de s'occuper de lui-même- de son corps, de son âme et de son esprit – puis de s'occuper des autres. Cette empathie collective dans l'amélioration de chacun caractérise véritablement le « développement » des nations industrielles. Certains voient la perspective de croissance comme moteur unique du moral des ménages consommateurs, les « momentums » d'élan sociaux et les équilibres des systèmes engendrent à mon sens bien plus de bien être. L'élan social comme sentiment de participer à un mouvement collectif.
Bien longtemps cet élan a été opposé à la fois à l'économie par des critiques de droite, au respect de la nature dans une vision productiviste du choix social proposé par les critiques écologistes, ou à un opium collectif inapproprié pour ceux pour qui l'objectif pur n'est par essence jamais atteint. La gauche doit proposer un existentialisme arraché au matériel, dépassant l'humanisme (dans un sens d'achèvement) et postulant la liberté comme principe économique fondamental. Garantir la et les libertés, dépasser les contingences matérielles et réaliser le discours : voilà qui réconcilie la gauche à ses critiques fondamentales.
La société n'est plus aujourd'hui dans la fracture sociale, mais bien au delà. La société française est morcelée et névrosée.
Pourquoi morcelée? A force de jouer à qui perd gagne avec un modèle social tantôt décrié, tantôt soutenu, avec des liens sociaux tantôt coupables, tantôt nécessaires, les français ne souhaitent tout simplement plus cette fraternité qui leur est imposée mais qui est loin d'être performative. Ils veulent aujourd'hui assumer leur individualisme sans renoncer pour autant à « croire à » (« en » si on est optimiste) l'idée de lien social. Ils désirent la fraternité comme mot d'ordre, souhaite renforcer le lien social mais plus comme concept de « la société du lien social » que dans ses implications pratiques que sont les impôts et les systèmes de solidarité. L'émergence de cet individualisme résulte de facteurs complexes. Une critique du système politique et économique en place ou encore la mise en cause de la sphère médiatique dans son orchestration de la guérilla permanente entre groupes sociaux ne sauraient à elles seules expliquer ce phénomène. Nous sommes à mon sens dans une tendance plus profonde de remise en cause du paradoxe permanent entre volontés énoncées et réalités, statistiques égrenées et visions quotidiennes. Ainsi depuis 95 toutes les campagnes politiques ont fait appel au pacte social de la nation, quand dans un même temps il n'est pas possible d'affirmer que la cohésion sociale, l'intégration et la consistance sociale de la nation s'est améliorée. Morcelée exprime à mon sens le mieux ce paradoxe entre une tendance profonde individualiste par choix idéologique pour certains et retraite face au système pour beaucoup d'autres et une volonté affichée de lien social. Reconnaître le morcellement ne signifie pas qu'il ne sera pas encore porteur de faire croire à un idéal collectif porté à une émulation collective.
Pourquoi névrosée? La société française est névrosée car elle subit les assauts d'une entreprise de culpabilisation sans précédent : culpabilisation quant au choix de modèle social freinant l'efficience économique(paradoxe entre bénéficiaire et membre du système économique France), culpabilisation quant à l'immigration (culpabilité avérée à la fois du migrant et de l'intégrateur), culpabilisation quant à sa sensibilité (tolérance vs ordre), etc La France s'est centrifugée dans la remise en cause permanente de ses compromis et de ses équilibres difficilement atteints. Dépoussiérer la République, changer les règles est vendeur et tentant mais se fait dans le mépris des forces profondes, changeant doucement les règles dans sa profondeur. Au lieu de souplesse institutionnelle, on érige un monstre de rigueur quant à la règle. Le règlement des institutions vs la régulation des institués.
Bien sur il est tentant de vivre dans le même monde que les chantres de la France qui perd, de la culpabilisation sans vergogne. Cette culpabilisation latente est perceptible dans des phénomènes d'extériorisation publique, qui vont reproduire dans l'agora les névroses individuelles. Ainsi de l'anti-populisme, des écarts de conduite guettés des personnages publiques, du moindre paradoxe entre pensée et action, etc. La culpabilité alliée à une société de prévention extrême du risque au lieu d'aboutir dans une vision positive de l'éthique dans l'action n'a retenu que le contrôle de l'un sur l'autre, dans une névrose collective. Le pire accroc pour l'homme ou la femme de cette première décennie du 21 ème siècle est de ne pas entrer dans la rationalité présupposée que nos choix nous imposent. Ainsi l'homme politique de gauche critiqué s'il est riche, ou l'écologiste qui se verra systématiquement condamné à chaque fois qu'il montera dans une voiture. Névrosé jusqu'à la moelle, la France se plait à pointer les contradictions de tous ses hommes publics plutôt que de se nourrir de complexité. La réponse la plus dommageable est le recours fréquent au populisme. Nourri de grands principes ( ou pas d'ailleurs) mais en permanence exposé à une remise en cause publique de ceux-ci, chacun y perçoit consciemment ou inconsciemment une douleur constituant le point de départ d'une névrose « politique ». Tel cet homme, qui n'est pas raciste et le sait au fond de lui, mais exprime un malaise face à une culture qu'il maitrise mal et le formule tout en étant obsédé par une ligne rouge potentielle, tel cet autre qui perçoit les bienfaits du système capitaliste mais ne peut s'empêcher de s'interroger face à la baisse inexorable du niveau de vie des classes inférieures de la population, etc. Ceci est en somme l'histoire inconsciente des compromis politiques qui nourrissent une société et irriguent les individus et les consciences. Constamment mis à jour, rappelés, exacerbés par des politiques acerbes, par un état de crise permanent, les plaies sont mises à jours.
Quoi de la névrose ou de l'individualisme emporte le privilège d'être à l'origine du problème? Finalement peu importe : ils sont concomitants dans leur expression. Pour reprendre la peur du déclassement selon ce prisme ; l'éducation est le le lieu par excellence ou la névrose et le morcellement sont des plus visibles.
Cet état de fait ne peut s'envisager sans évoquer l'angoisse d'une compétition économique perpétuelle. Tous les français se sentent aujourd'hui en position précaire, de compétition avec des ennemis économiques. Ce sentiment s'accompagne d'une sensation de chute constante en termes de qualité de vie : la régression sociale perçue associé au chômage, au salaire médian en berne, à la baisse des prestations sociales de toute sorte est loin d'être compensé par un accroissement du niveau de vie général quand bien même celui-ci est il réel. Le sentiment d'une économie de manière permanente en crise, se renforce d'année en année avec des maux médiatiquement changeants mais une sensation en tout point semblables: problème des déficits publics constamment martelés, inflation et baisse du pouvoir d'achat à la une en septembre 2007, croissance atone, prix de l'immobilier qui flambe, crise financière, menace d'effondrement systémique et puis finalement le chômage. Tous ces maux ont pénétré les consciences ces dix dernières années avec un résultat semblable sur la perception commune : au final c'est toujours les même qui paient. Habilement présenté ces phénomènes de compétition économique inéluctable et de crise permanentes servent une conquête parfaite des mentalités. Dans toutes les situations précédemment citées les perdants et les gagnants sont inchangés dans leur grandes masses, tandis que la mise en insécurité comme facteur de conquête des opinions est totale.
Le parangon de tous ces phénomènes a été la capacité a déconnecté le producteur et le consommateur en chacun de nous. Certes la mondialisation a produit son effet avec l'impression de vivre dans une économie ou les producteurs sont de plus en plus loins. Mais cette évolution demeure tout de même incompréhensible dans son ampleur. Il n'y a pas si longtemps la république française était une démocratie de citoyen qui agissait selon une volonté entière. Aujourd'hui, autre facette de la névrose, toutes les politiques séduisent par l'angle du consommateur : aujourd'hui la France s'est action classisé dans une démocratie du consommateur à l'anglo-saxonne. Il n'y a plus d'intéret de classes, plus de revendications des travailleurs, plus d''inégalité sociale : il y a une nécéssaire démocratisation des produits, des atteintes au droit du consommateur, un nécéssaire travail pour acquérir plus de biens matériels.
Finalement la France, ilot politique n'est plus. Malheureusement, ou heureusement au choix, Ilot économique, elle n'est pas non plus. En fait, la France est devenu tristement matériel : dans ses débats, dans ses préoccupations, dans ses aspirations, le constat est celui d'un refuge dans la sphère individuelle et d'accommoder le réel à la sauce matérielle. « Puisqu'il ne sert à rien de vouloir changer les choses, puisque rien ne change même (sous entendu de lui même), il veut mieux essayer de ne pas trop mal vivre. ». La nonchalance et le désenchantement valent retrait de la sphère publique. Autrement dit les temps sont durs. Si la droite a gagné toutes les élections nationales sauf une depuis 1992, c'est en créant, en utilisant ou tout simplement en flattant la France matérielle.
Il faut donc le retour de l'immanent pour faire progresser la gauche. Cependant, il ne peut plus s'agir de lutte des classes, d'idéal social, ni d'égalité : la France est trop morcelée. Il ne peut plus s'agir d'action étatique, d'intervention protectrice : la France est acquis au compromis social-libéral dans sa névrose. L'environnement apparaît inconsciemment comme un mythe unificateur, mais apparaît comme trop peu intégré à ce stade au discours dominant. La « réforme », la « fraternité » ont perdu progressivement leur capacité à transcender hors des dernières lignes droites de rendez vous électoraux. La reconstruction passe par une modification touche par touche des forces profondes à l'oeuvre. Le combat se gagnera donc sur la « manière de faire », la « manière de voir », l'exigence critique pour transformer le réel et l'incarnation de cette exigence. L'éthique de l'action, le réalisme, la force critique porteront le renouvellement des concepts politiques traditionnels. Des valeurs, il faut retenir le substrat, l'objectif de radicalité et non le figuratif. La crise multi-dimensionnelle propose de nouvelles fractures auxquelles il faut répondre en intégrant le constat de la société. Ces défis il faut les comprendre, en faire une analyse critique, avant de définir une éthique de mouvement, susceptible de modifier l'inéluctable trajectoire. La gauche n'a pas que deux positions : celle du compromis réaliste et social libéral ou celle de la radicalité. Un autre chemin est possible. Pour cela il faut abandonner la posture défensive d'une gauche recroquevillée et coupable de vouloir trop. Il faut se montrer conquérant et fier de notre lecture du monde : rendre le changement possible. Plus que jamais il faut être exigeant dans notre analyse d'un monde confisqué au développement humain, d'un monde non soutenable et de l'absence de vision collective. L'enjeu est la conquête du pouvoir. Le champ des « possibilités réelles » est à ce prix.