Notes sur Copenhague semaine 1 (1ere partie)
Par Yasmar le lundi, 21 décembre 2009, 17:47 - Articles de fond - Lien permanent
Peut etre que ces notes écrites de la semaine 1 de Copenhague vous feront comprendre un peu mieux l'aboutissement de cette conférence. Il n'y a pas de secret le processus détermine le résultat.
Copenhague J2 ''
Wednesday, 09 December 2009 at 17:20''
Les deux evenements marquant des deux premieres journees de negociation a Copenhague ont incontestablement ete l’intervention de Jean Louis Borloo et le flinguage du texte danois. Ces deux evenements nous eloigne considerablement d’un accord.
Tout d’abord revenons sur l’intervention de Jean Louis Borloo. Lundi matin Jean Luis Borloo souhaite, c’est tout l’objet de sa presence s’exprimer en pleniere d’ouverture. Les danois evoquent des problemes de traduction pour repousser cette intervention. Elle aura lieu dans l’apres midi dans la session destinee a mettre en place le cadre commun post kyoto. Cette intervention detaille le plan justice climat, d’une intervention additionnelle de 600 milliards au nom de l’adaptation au changement climatique. Cette intervention a eu deux consequences majeures. Tout d’abord la coalition europeenne a vole en eclat. En outrepassant le protocole voulant que seule la presidence en exercice de l’UE prenne la parole en pleniere ( la Suede), et en ne respectant pas les positions communes acquises depuis le conseil europeen, Jean Louis Borloo a fait eclate la position de l’UE. En interne, la France est considerablement affaibli. Comment expliquer a ses collegues europeens que l’on poursuit le but commun quand on presente un plan francais non arbitre au niveau europeen. Les negociateurs francais qui tissent petit a petit les liens d’une negociation difficile ont vu en dix minutes d’intervention des positions construites patiemment s’effondrer. Leur credibilite a representer la France et encore plus l’UE vis-à-vis de leurs interlocuteurs s’est effondre. Ils apparaissent comme non representant de la volonte politique. Un changement de trajectoire amorce en amont eut été mieux. On a une pensee pour Paul Watkinson qui a du avoir bien des difficultes a conserver son poste de negociateur europeen, alors qu’il est chef de delegation francaise, les deux positions apparaissant tellement eloigne desormais. Si tout ceci était au benefice de la position exterieure de la France, vis-à-vis des PMA notamment, ceci serait finalement un moindre mal. Mais ce n’est pas le cas. Que croire quand la position d’un ministre, qui ne represente pas l’UE, dont on doute qu’il ait été arbitre favorablement en France, presente des positions relativement inconciliables avec ce qui est rellement negocie ? Enfin on notera qu’une avancee plus subtile en respectant les us et coutumes des negociations aurait peut etre plus d’effet. Mais definitivement les francais n’apprendront pas de leurs echecs passes et preferent des declarations tonitruantes aux avancees reelles de negociation. En bref, un plan de communication domestique a une negociation internationale. Les negociateurs francais ne peuvent plus etre credibles des le jour 2, encore pire n’ont plus aucune marge de manœuvre. Jean Louis Borloo a donc fait le pari d’un echec a Copenhague, dont il pourra tirer une position de chevalier blanc, facilement acquise. Il est vrai qu en proposant 600 milliards en pleine crise financiere, il ne prenait pas trop de risque quant a l accord des americains.
Le deuxieme evenement marquant de ces deux jours a été la revelation de la teneur du texte danois. Qu’est ce que le texte danois ? Traditionnellement dans des negociations de cette envergure, il existe un plan B, qui est souvent devolu a l’organisateur de la negociation. Ce texte était destine a servir de base de travail en dernier recours si les negociations en cours n’avancaient pas. Repartir de la feuille presaue blanche est parfois le meilleur moyen. Ce texte presente donc les principales lignes de fracture actuelles de la negociation. En ce sens il s’agit d’un texte realiste qui situe les limites du possible. Ce texte a été, passez moi l’expression, flingue. Ceci n’est pas bon pour plusieurs raisons. La premiere est que, de fait, il n’y a plus de plan B, pire les danois seront dans l’impossibilite de representer un facilitateur credible pour un autre plan B. La seconde, est que ce flinguage a été organise a l’insu des ONG par certains pays qui ne souhaitent pas aboutir a un accord. Sans reflechir plus que cela, celles-ci ont surreagit sans se poser la question : « A qui profite le crime ? ». Le texte a fuite, environ dix minutes avant la conference de presse de la Chine, qui, curieux hasard avait les reponses toutes pretes pour les questions sur ce texte. La raison de cette fuite utilisee par la Chine est l’ordre dans lequel ce texte a circule : il a d’abord été presente aux americains puis aux anglais et ensuite aux grands emergents, ce qui valu ce coup de semonce de la Chine. Le troisieme point negatif est la raison du mecontentement de la societe civile : la differenciation entre les pays en voie de développement. Dire aujourd’hui que la Chine n’est pas le Bangladesh n’apparait pas si scandaleux. Le seul point positif, est que desormais, le scartes sont sur la table, les positions peuvent donc bouger.
En conclusion, il faut noter que la COP est victime de son succes. Seule negociation internationale ouverte a ce point, il serait tentant de vouloir maintenir le forum de discussion ouvert pour resoudre tous les problemes. C’est le jeu dangereux auquel se livre certains acteurs. Nous voulons signer un accord sur le changement climatique. Ceci implique un sens des realites de negociation qui se demarque des effets de manchette ou d’une volonte de transparence absolue. Les danois sont cloues au pilori pour vouloir trop fort un accord, et donc avoir comme dans toutes negociations un plan B, quand on felicite Borloo qui de toute facon parie sur l’echec des negociations et sa stature personnelle. Un accord passera par une confiance plus forte en la capacite de negociation de nos negociateurs qui au jour le jour rende la probabilite d’un accord plus forte. C’est a eux qu’il faudra rendre hommage le soir d’un eventuel accord : malgre tous les obstacles ils auront reussi.
++__ Copenhague J3-4++ __ Friday, 11 December 2009 at 12:53
Les faits marquants des troisiemes et quatrieme jours de négociations se sont concentrés sur des points différents pour les pays industrialisés et pour les pays en voie de développement.
Les pays en voie de développement, soit G77+ Chine en jargon COP15, connaissent des tensions sur la voie a suivre dans ces negociations. Les petites iles et les plus vulnérables ont fait dune voie commune entre le protocole de Kyoto et la convention un point crucial a la poursuite des negociations. Ceci n'est pas l'avis de la Chine qui se contenterait bien d'approfondir Kyoto sans trop s'engager sur l'après 2012. De fait deux accrochages successifs en pléniere entre les insulaires et la Chine, soutenue par ses amis les pays pétroliers. L'unité du G77 est en danger mais comme me le faisait remarquer un délégué sénégualais « quand on est pauvre on ne peut meme pas défendre ses positions, les relations internationales prennent le pas ». Ils ne s'entendent pas mais de la a voir l'explosion du G77...
Du coté des pays développés l'accrochage a eu lieu sur LULUCF (usage des sols et exploitation forestiere) et REDD (la deforestation). Cet accrochage a encore mis aux prises la France et ses partenaires EU, ce qui definitivement scelle la mésentente entre nos partenaires et la France.
Mais finalement ceci n'est que l'aspect médiatique d'une négociation qui a gagné des petites salles et des portes closes. Les réunions informelles succedent aux groupes de contact, les vieux réseaux supplantent les contacts formels. De ceci plusieurs enseignements. Tout d'abord il faut comprendre que le but de la négociation est d'arriver avec un texte ou plusieurs options, lignes de fracture, sont sur la table pour les décideurs. Ainsi la négociation politique pourra s'organiser autour de discussion claire et des compromis seront possibles. Pour atteindre cela, deux voies sont suivies: la voie de négociation classique visant a réduire progressivement les options, et la voie d'un texte repartant sur des bases plus saines. Cet aspect se complique lorsque la question des formes juridiques proposées se discutent : un nouveau traité avec tous les acteurs et contraignant, une vision partagée et Kyoto en meme temps, une vision sans Kyoto ?
C'est pourquoi les négociations progressent sur différents points techniques à des vitesses différentes, sans pour autant que ce soit un indicateur de la capacité à atteindre un accord.
Deux tendances contradictoires émergent :
la négociation avance assez vite sur des aspects techniques et des segments très précis tel que les aspects financiers voir meme l'adaptation.
la vision partagée et la forme de l'accord final n'avancent pas vraiment ... et il n'y a plus de plan B. L'accord post 2012 et son lien avec l'actuel Kyoto est le point focal de cette négociation. Personne ne veut prendre la responsabilité de subir ce qu'a subit le texte danois : rejet violent, discrédit etc. Mickael Cutajar est prêt a agir comme conciliateur. Mais tout le monde sait que si il échoue, si son texte commet une erreur, ne ménage pas les susceptibilités, alors il n'y a plus de plan B. Les danois ont en effet fait savoir qu'ils pousseraient un accord mais qu'ils ne se feront pas prendre une deuxieme fois sur le plan B. Si la conciliation échoue un accord a Copenhague ne sera possible que si es chefs d'Etat arrivent à se metre d'accord sur tous le spoints techniques seuls : autrement dit il n'y aurait pas d'accord.
En fait, tout le monde sait que tout se discutera entre les Etats Unis et la Chine. Que font ils donc actuellement? La Chine est en tension permanente dans le G77. Pour l'instant ceci est toujours en sa faveur mais non sans mal. La différentiation entre le plus vulnérables et les émergents n'est pas très loin. Aujourd'hui il devient de plus en plus intenable qu'un pays qui n' admet pas l'idée d'un pic des émissions bénéficie de la situation la plus confortable dans les négociations. La Chine bénéficie à a fois du crédit donné aux plus vulnérables pour l'adaptation et de la capacité à polluer tolérée pour le développement. Si les émissions historiques ont pu servir d'alibi, ceci ne passe pas inaperçu parmis ses alliés.. Dans les négociations les chinois s' attachent surtout a rester dans le camp des PVD et à approfondir Kyoto qui leur est favorable. L'Afrique et le splus vulnérables peuvent seuls changer cet aspect des choses en dénoncant cet état de fait. Cependant la promesse économique est peut etre plus forte...
Les Etats Unis quant à eux brillent par leur absence dans les discussions. Néanmoins ils sont depuis toujours la clé des négociations climat. Ils ne peuvent pas signer un accord sans que celui ci ne soit d'abord passé sur le plan national. De fait ils se sont concentré leur effort sur les projets « fast starts » pour pouvoir annoncer quelque chose à la fin. Comment inclure les Etats Unis dans un trait tout en assurant que ce ne soit pas un accord perdu comme Kyoto, jamais ratifié? Comment inclure de manière acceptable la Chine? Comment satisfaire l'appétence des ONG a résoudre les problèmes de développement dans une négociation climat? Ce sont les questions sur la table de Mickael Cutajar ce soir, alors qu'il prépare son texte.
Last minute update: le texte de Cutajar a fuite ce matin. je l'ai entre les mains, il est de tres loin la meilleure base de travail, vue pour l'instant.