Un élément caractéristique d'une crise économique, ou d'une société qui ne fonctionne plus au maximum de ses capacités, est le manque de confiance. Comme présenté dans l'excellent livre de Pierre Cahuc "La société de défiance", une société qui ne fait pas confiance, qui ne se fait pas confiance observe une croissance plus lente que si les acteurs économiques avaient confiance les uns dans les autres. Les éléments fondamentaux de la confiance sont la transparence de l'information, et la sécurité envers l'avenir (les engagements du gouvernement sont consistants dans le temps).
Dans la crise financière, l'absence de confiance se traduit par le fait que les banques ne se pretent plus les unes aux autres de peur de ne pas être remboursées, provoquant une pression supplémentaire sur la liquidité des banques. Dans la crise économique, la rupture de confiance se traduit entre autre par une chute de la consommation et de l'invetissement (la non confiance en l'avenir conduit à l'épargne). Bref, la confiance est un enjeu des plans de relance ou de sauvetage des banques : c'est ainsi que l'on entend toujours parler de la "confiance des marchés", "le moral des ménages", ou "l'indice de confiance des entrepreneurs" comme d'éléments journalistes classiques en ces temps de crise.
La question est donc, après ce grand discours, et les annonces de relance de Nicolas Sarkozy : a-t-il rétabli la confiance ?
Pour répondre à cette question, trois points : lisibilité, consistence temporelle du gouvernement et efficacité des mesures.
Pour l'efficacité des mesures, il faut naturellement attendre un peu plus longtemps. Cependant Eco89, publie déjà une certaine opinion discutable sur le sujet (ici)
Néanmoins du point de vue de la confiance, on peut dire qu'une relance keynesienne est censée augmenter la part des dépenses de l'Etat dans l'économie et donc la stabiliser. De plus, comme Sarkozy a insisté il ne s'agira que de l'investissement de long terme. Cependant, ce qu'il n'a pas précisé, c'est que le nouvel effet de la relance annoncée aujourd'hui demeure limité car ciblant relativement peu la consommation et surtout car le "Plan" reprend en partie les annonces dipersées auparavant. Bref Keynes revient en force, l'un des problèmes demeurant la coordination dans la zone euro. Relancer c'est bien, mais dans la zone euro, il vaudrait mieux que le tout soit coordonné au risque d'un coup d'épée dans l'eau très cher (relancer la croissance des voisins).
Le problème de la cohérence et du sens des mesures ne saute pas aux yeux, et pour ainsi dire la lisibilité est faible, certains détails manquent (prime RSA), et surtout à part l'automobile et le batiment au coeur du plan, les autres mesures ne rendent pas le "Plan" lisible pour impulser une nouvelle vague de confiance. Ce qui n'est pas un problème propre à la France demeure un problème : plus la crise est forte, plus les annonces sont fortes, plus il y a de milliards, plus on accélère le rythme. Efficace? Pas tellement si en plus on apprend que la moitié des mesures annoncées étaient déjà prises, et sont recyclées pour l'occasion.
Le problème principal demeure l'inconsistence de l'Etat. Les mesures ne sont pas chiffrées, un an après la complainte de l'Etat en faillite, après le difficile financement du RSA, la crédibilité de l'Etat quant à sa consistance dans le temp est entamée. Qui va financer la mesure? Quel effort sera à consentir sur l'impôt demain? Comment peut on à la fois conforter la loi TEPA et sortir 28 milliards? Ceci n'est pas de nature à rassurer les Français car, équivalence ricardienne oblige pour les puristes, personne n'est dupe. Un plan non financé ne peut rassurer, car si l'on combine loi TEPA et financement du RSA, le message précédent est relativement clair : qui va payer la relance? La grosse classe moyenne, moteur principal de la croissance...
L'explication sur ce point est inexistante: pas un mot sur la dette de la France, ni sur l'acroissement du déficit. Vous me direz en ces temps de crise, on peut s'asseoir dessus. Jusque là, j'adhère complètement mais ce n'est pas le problème principal. Qui va vouloir consommer aujourd'hui, si le montant de l'effort à consentir n'est nullement indiqué, si le financement des mesures parait si flou que celles-ci n'apparaissent pas crédible.
Du jour au lendemain, si l'on redécouvre les bienfaits de Keynes, on ne peut oublier ce que l'on critiquait hier: le coût de la dette, et la nécessité de cohérence temporelle dans la politique gouvernementale. En temps de crise, la transparence doit être de mise : il faut dire ce que l'on fait (de nouveau) clairement et le chiffrer sérieusement. Entretenir le flou ne fait qu'accroitre l'incertitude...C'est à ce prix que relance rimera avec confiance.